Union historique : retour sur la mobilisation sans précédent des médecins libéraux
La mobilisation était annoncée comme exceptionnelle, elle a tenu ses promesses. Samedi 10 janvier, les rues de Paris ont été le théâtre d’une manifestation massive de tous les médecins libéraux toutes spécialités confondues, point culminant d’un mouvement de grève entamé le lundi 5 janvier. Pour la première fois depuis des années, l’ensemble des organisations représentatives des médecins de ville se sont unis dans une contestation d’une ampleur inédite.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le syndicat CSMF, 85 % de ses adhérents avaient annoncé leur intention de faire grève, prédisant un mouvement « extrêmement suivi ». La plateforme lancée par Jeunes Médecins Ile-de-France avait enregistré plus de 14 500 déclarations de grévistes avant même le début du mouvement. Dans les faits, la mobilisation a dépassé les espérances : cabinets fermés, opérations annulées dans les cliniques privées, le système de santé libéral a considérablement ralenti pendant dix jours.
Cette union sacrée est d’autant plus remarquable qu’elle a rassemblé des profils habituellement divisés : généralistes et spécialistes, jeunes praticiens et médecins expérimentés tandis que la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) apportait son soutien.
Le Codir de Vidi, Alain Guillemot, Laurent Verzaux et Amélie Libessart (Sébastien Novellas retenu réquisitionné) s’est largement mobilisé pour accompagner les nombreux membres venus de la France entière.
Tous unis derrière les 2 bannières « AVEC VIDI, MEDECINS RESPECTES PATIENTS PROTEGES », les manifestants membres du réseau ont fermement partagé et manifesté leur profond mécontentement.
Le docteur Laurent Verzaux, directeur général du réseau témoigne : « Nous sommes fiers d’être un réseau uni autour de valeurs fortes, engagé pour la qualité des soins et la pérennité de notre profession et capable de se mobiliser ensemble. »
Au cœur de la colère : la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) adoptée mi-décembre 2025.
Les médecins dénoncent un budget insuffisant face à des besoins croissants, mais surtout un ensemble de mesures perçues comme une remise en cause de leur autonomie professionnelle.
Parmi les griefs, le contrôle accru des prescriptions d’arrêt de travail, des dispositions permettant aux autorités de baisser « de façon autoritaire » les tarifs de certains actes en « contournant » le dialogue conventionnel, ou encore la menace d’une restriction de la liberté d’installation, objet de textes en cours d’examen au Parlement.
« Il y a une perte de confiance généralisée face aux politiques », résume un manifestant. Cette défiance s’est nourrie de mois de tensions accumulées, pour finalement éclater en ce début d’année 2026.
Face à cette mobilisation, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a défendu les mesures gouvernementales, rappelant « une augmentation exponentielle des dépassements d’honoraires ces dernières années ». Elle a justifié l’action de l’État : « Même si les abus ne concernent qu’une minorité de médecins, nous ne pouvons pas laisser la situation en l’état, car nous avons des concitoyens qui renoncent aux soins pour des raisons financières. »
Un argument qui n’a pas convaincu les manifestants, pour qui ces mesures passent à côté des véritables enjeux : la désertification médicale, les conditions d’exercice dégradées et la valorisation insuffisante de leur travail.
Cette mobilisation historique marque un tournant dans les relations entre les médecins libéraux et les pouvoirs publics. Rarement la profession s’était montrée aussi unie et déterminée. Reste à savoir si ce mouvement sans précédent conduira le gouvernement à revoir sa copie ou si le dialogue de sourds persistera, au risque d’aggraver encore la crise du système de santé français.

